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Ateliers de recyclage
Ateliers de recyclage

Jeudi 23 octobre 2008, Ouest de Katmandou – Nous longeons les bords de la rivière Vishnumati, à la rencontre des travailleurs qui collectent les matériaux pouvant être recyclés. En dépit des détritus qui jonchent les rues de la capitale, le tri et le recyclage existent.  Plusieurs groupes sont rassemblés sur la rive ouest de la rivière. Ils récupèrent le plastique, le verre, le métal, mais aussi les chaussures usagées, le carton. Certains objets sont recyclés sur place. Les matières qui demandent un traitement plus lourd sont envoyées en Inde.

Nanda Lal Yada, Birendra Saha et Bal Kumar se chargent du recyclage des sacs plastique qui servent au transport des marchandises. Les trois hommes travaillent sur le bord de la rivière Vishnumati, dans laquelle quotidiennement de nouveaux sacs de détritus sont jetés. C’est également sur le bord de cette rivière que sont déchargées les bennes à ordure des petits camions qui nettoient les rues de la capitale.

Nanda, Birendra et Bal récupèrent les sacs tissés en plastique, puis les rénovent afin qu’ils puissent être de nouveau utilisés. Lorsque c’est nécessaire, les sacs collectés sont nettoyés, puis ils sont découpés et recousus avant d’être revendus sur le marché. Lorsque nous leur rendons visite, deux des hommes sont au milieu du soleil, au bord de la poussière, en train de découper et de trier des sacs.  Le troisième est installé derrière une machine à coudre, dans le rez-de-chaussée d’une maison qui leur sert de lieu de stockage.

Un peu plus loin, sur la gauche en remontant le cours de la rivière, nous pénétrons, derrière un mur de tôles ondulées, sur le terrain où travaillent Manis Kumar Saha, Mukesh Saha et Jagennath Saha. Ces trois cousins sont venus d’Inde. Ils travaillent ici depuis une quinzaine d’années. Eux collectent et trient les bouteilles et les récipients en verre, avant de les revendre en Inde où ils seront recyclés. Les trois hommes achètent les bouteilles usagées aux magasins, aux restaurants ou aux particuliers. Ils les paient de ½ à 3 roupies chacune (1 roupie correspond à 0,01 euro). Ils en récupèrent d’autres dans la rue ou dans les poubelles. De gros sacs de plastique tissés emplis de bouteilles sont entassés autour d’eux. Ils les vident un à un, jettent les morceaux de verre brisés au fond du terrain et font différents tas avec les autres bouteilles. Derrière eux s’amoncellent de petits pots d’encre vides, ailleurs des bouteilles vertes avec le nom d’une boisson gazeuse, plus loin, des récipients ayant contenu des produits ménagers. Ils vivent dans la maison adjacente. Alors que Michel se débat avec l’absence de lumière, Manis Kumar, qui semble avoir une vingtaine d’années, nous prend en photo sur son téléphone portable.

Quelques dizaines de mètres en amont de la Vishnumati, derrière la porte métallique d’un atelier de recyclage, nous surprenons un homme au milieu de sa toilette du matin. Assis sur la margelle d’un puits, de pette taille, trapu, il a le visage couvert de savon. Sur le terrain derrière lui, plusieurs rangées de bouteilles de verre alignées forment un petit muret. A droite, un amas de pièces de métal, au pied duquel un homme ridé est accroupi. Absorbé par son travail, il ne lève pas les yeux à notre approche. Scrupuleusement, il découpe les semelles des quelques chaussures étalées autour de lui. Il pourra revendre les moins usées aux cordonniers que l’on rencontre parfois sur les trottoirs de Katmandou.

Le petit homme savonneux a fini sa toilette. On nous le présente : c’est le patron des lieux. Un autre homme, surveille ce que j’écris par-dessus mon épaule. Je lui montre la phrase du doigt et la lui lis à haute voix, détachant un à un les mots du papier : « Un homme surveille ce que j’écris par-dessus mon épaule. » Il hoche la tête doucement, comme pour approuver. Son visage est absorbé par les lettres que je forme sur les pages de mon carnet.

Les différents matériaux qui sont ici sont revendus en Inde et au Népal. Les travailleurs eux-mêmes, une quinzaine au total, sont Indiens et Népalais. Les barres de métal par exemple, pourront servir à la construction d’un bâtiment. Le patron vit ici, dans un petit cabanon de tôle sommaire. Il peut ainsi surveiller les matériaux en dehors des heures de travail.

Tous ces hommes travaillent de dix à onze heures par jour, six jours par semaine. Le samedi est leur jour de repos hebdomadaire. Leur salaire mensuel est compris entre 40 et 60 euros.  Leur travail, leur vie quotidienne, leur dignité constitue l’une de ces faces cachées du Népal que nous avons à cœur de découvrir et de révéler.