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Atelier de confection de tapis
Atelier de confection de tapis

Est de Katmandou, 20 octobre 2008 – Une vingtaine de personnes sont au travail. Au centre de la pièce, entre les deux rangées de métiers à tisser, une vieille femme assise à même le sol file des pelotes de laine. Avec un sourire tendre, elle joint ses deux mains à la hauteur de son front : « Namasteeee ! ». Les artisans quittent leur travail des yeux pour nous regarder. Certains nous reconnaissent, un sourire éclaire leur visage. Peu après notre arrivée, les coups de peigne ralentissent : il est 10h, c’est la pause déjeuner. Hommes et femmes quittent peu à peu leur poste de travail et regagnent, quelques mètres plus loin, la pièce d’une dizaine de mètres carrés à peine où ils cuisinent, dorment, vivent.

La quarantaine d’employés, ainsi que Sila Kaji Lama, le patron, vivent  ici avec leurs enfants : cela fait en tout une soixantaine de personnes. Sila Kaji Lama a mis en place cet atelier de tapis il y a cinq ans. Il vit ici avec sa femme et leurs trois enfants. Une pièce d’une vingtaine de mètres carrés leur sert de chambre à coucher et de cuisine. Des sacs de riz de trente kilos chacun sont entassés le long d’une des cloisons métalliques. Ils sont distribués chaque mois aux employés.

La plupart des employés, comme la jeune Dolma Lama, ont quitté les régions reculées du Népal pour venir travailler dans la capitale. Agée de 15 ans, Dolma est arrivée à l’atelier il y a six mois. Elle vient du village de Kipche, dans le district de Kabre et a connu l’atelier par sa cousine, qui travaillait déjà ici. Dolma n’est jamais allée à l’école. Avant de devenir tisseuse, elle aidait à la maison et aux travaux des champs. Ici, elle partage une chambre avec sa cousine et quatre ou cinq autres personnes.

Tous les matins, elle se lève à 4h. Après une rapide toilette, elle se met au travail. Installée devant un métier à tisser, sa tâche consiste à nouer à la main les fils qui constituent le tapis. Aidée de trois autres personnes, elle reproduit les dessins du modèle commandé par le client. Quatre personnes travaillent à la confection d’un tapis. A 7h et demie, tous les travailleurs font une pause pour boire le thé. Ils travaillent ensuite jusqu’à 10h. C’est alors la pause déjeuner, le repas le plus important de la journée. Vers 11h, Dolma et ses collègues reprennent le travail. La journée continue ainsi jusqu’à 20h, avec une courte pause en milieu d’après-midi. Ces artisans travaillent de 13 à 14h par jour, six jours par semaine. Le salaire de chacun dépend de sa productivité. Chaque tisseur gagne en moyenne l’équivalent de 40 à 60 euros par mois.

La plupart des enfants des employés passent la journée entre les métiers à tisser et la cour de l’atelier. Bien que garçons et filles s’installent parfois devant un métier à tisser, ils ne sont pas considérés comme des employés.  Leurs mains nouent plus lentement que celles de leurs parents : ils apprennent la technique du tissage petit à petit, participant ainsi à la vie de l’atelier. Leur sort n’est peut être pas très enviable, mais il est certainement moins dur que celui des enfants qui travaillent ou errent dans les rues de Katmandou. Petits groupes, couverts de poussière, testant les propriétés de différentes matières toxiques ou solitaires, tendant la main vers les passants. A l’atelier au moins, les enfants sont protégés des dangers de la rue. Ils apprennent ce qui, d’ici quelques années, constituera peut-être leur métier et leur permettra alors de subvenir à leurs propres besoins.